Le Front national devient un parti comme les autres, l’UMP doit en tenir compte.

Le parti s’endette de quarante millions d’euros auprès d’une banque russe, ce qui, promet des heures difficiles. Pour un parti qui pourfend notre dette et les délocalisations, cet emprunt dénote d’une certaine incohérence, sans compter les inévitables goûts de luxe que cela donnera à certains ou à certaines. N’oublions pas que le FN est une PME familiale.

Le deuxième point est la dérive autoritaire et « superficielle » de Marine Le Pen. Celle-ci s’affirme de plus en plus en rupture avec toute notion venue de la droite, et on le savait depuis ses tristes prises de position sur le mariage pour tous. Le FN poursuit une dérive gauchiste tout en adoptant une stratégie perdante.

 

Écoutons Paul-Marie Coûteaux qui déclarait samedi dernier à Valeurs actuelles :

Elle n’a pas conscience que dans les institutions de la Ve République, dominée par l’élection présidentielle, la victoire au second tour passe par des alliances, car un parti n’arrive jamais au pouvoir seul — heureusement ! Or, Marine Le Pen a, ces deux dernières années, manqué une occasion historique de réunir toutes les droites, ne serait-ce qu’en maniant jusqu’à plus soif le thème de l’UMPS, comme si l’opprobre était égal entre la gauche et la droite. Marine Le Pen ne travaille qu’avec ceux qui sont alignés. Quiconque diverge ou revendique d’autres traditions est potentiellement un ennemi, à rejeter dans les ténèbres extérieures…

On en a oublié les alliés naturels comme Philippe de Villiers ou Nicolas Dupont-Aignan, considérés trop BCBG. Puis Coûteaux ajoute que Marine est une soixante-huitarde (cela la rapprocherait, cette fois, de Cristina Kirchner qui aime aussi s’entourer d’hommes bien plus jeunes). Il y va sans mâcher ses mots :

À mesure que je la vois réagir aux faits d’actualité, je la trouve souvent habitée par des réflexes de gauche, genre Mai 68 — son année de naissance. J’ai regretté son attitude lors des « manifs pour tous », où elle a manqué un renversement de génération, ne comprenant pas ce qu’il y avait de régénérant dans ce mouvement. De même, elle soutient un peu trop souvent les syndicats, par exemple lors de grèves à la SNCF. C’est au point qu’un de ses très proches m’a dit un jour : « Ce n’est plus “ni droite ni gauche”, c’est “ni droite ni droite” ! »

Le troisième point découle des deux premiers : la culture de la défaite liée à ce très pingre « ni droite ni gauche » qui est la marque de la petite bourgeoisie extrémiste.

Enfin, le père de Marine, en comparant sa fille à la russophobe Merkel ou à la Dame de fer — qui liquida la classe ouvrière anglaise pour obéir aux folies de Friedman (quelle logique pour un parti qui se veut social ?), rajoute hélas à la délusion ambiante.

Il y a, dans la déclaration de Paul Marie COÛTEAUX, (même s’il s’agit d’exprimer une grande déception) l’expression d’un constat de quelqu’un qui a vécu le FN de l’intérieur, et qui est nantie d’une grande expérience politique et d’un esprit d’analyse performant.

En réalité, Marine LE PEN, maitresse absolue du FN, n’est pas du tout à la veille de devenir Présidente de la République, comme elle l’espère. Elle n’a pas la volonté de s’allier avec d’autres personnalités de droite, elle n’en a d’ailleurs pas la possibilité, et elle se trouve isolée dans un réceptacle des déçus de la politique Française. Il est vrai que le personnel politique lui tend le fouet pour se faire battre.

De plus, le FN ne dispose pas d’un capital de cadres suffisant pour prétendre avoir la compétence de gouverner le pays. Son nombre d’adhérents est très faible, son nombre de cadres est insignifiant et la dualité naissante entre Marine et sa cousine n’est pas bon signe pour l’unité du mouvement dans les années à venir.

C’est pourquoi la volonté de rassemblement de la droite, de Nicolas SARKOZY doit réussir. Et les ego de François FILLON, Alain JUPPE, Xavier BERTRAND, Bruno LEMAIRE, doivent ils en souffrir, doivent être mis au service d’une cause d’intérêt national et non à leur service personnel. Si tel n’était pas le cas, la France continuerait à décliner et le FN à grossir ses rangs.

Nicolas SARKOZY est devenu la tête de turc de beaucoup de médias. Il est vrai que ses erreurs passées concernant ses postures et son manque de volontarisme réformateur n’y sont pas étrangers. Toutefois, on peut espérer, que l’expérience aidant et sa volonté d’effacer son passif, lui permettront de franchir cet obstacle et de convaincre les belligérants de son parti d’apporter leur pierre à l’édifice commun. C’est un challenge très compliqué, mais ne lui faisons pas un procès d’intention et attendons de voir la suite des évènements.

Source le C.C.F.

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