Émmanuel Vigneron, géographe, et Sandrine Haas, économiste de la santé, ont effectué un travail de titan.
(Photo MAX BERULLIER)
C’est une première. Les Gardois Émmanuel Vigneron, géographe, et
Sandrine Haas, économiste de la santé, ont effectué un travail de
titan.
Ces deux spécialistes reconnus viennent d’éditer 26 fascicules, un par
région. Un panorama synthétique et éclairant des services à domicile
médico-sociaux et sanitaires. Ces domaines d’avenir, censés pouvoir
créer 450 000 emplois, alléger la charge des hôpitaux, améliorer le
confort des malades et faire des économies, demandent à être développés,
y compris dans la région, confrontée au vieillissement de sa
population. Et, comme partout, à la montée en puissance des maladies
chroniques.
"L’hospitalisation à domicile est avant-avant- dernière en France"
Émmanuel Vigneron, géographe Hospitalisation ambulatoire.
Elle est beaucoup utilisée dans le traitement des cancers et du sida et
pour des maladies complexes au long cours. Son développement est même
"exponentiel alors que l’on supprime des lits à l’hôpital", dit Émmanuel
Vigneron. Mais elle ne concerne que... 1% de l’hospitalisation
conventionnelle.
"Avec 40 % de sa population non régulièrement desservie (17,5 % en
France), la région est mal dotée. C’est même l’avant-avant-dernière en
France", résume le géographe qui a dénombré 14 places pour 100 000
habitants contre 18 au niveau national avec une répartition inégale :
Lozère, Aude, et une bonne partie du Gard sont des déserts en la
matière.
Dialyse à domicile
Deux millions et demi d’insuffisants rénaux en France, 60 000 dialysés
et moins de 3 000 greffes par an. La dialyse, coûteuse et révolutionnant
la vie, est le seul traitement même si, à terme, la moitié des patients
sont greffés.
La dialyse à domicile, qui améliore leur qualité de vie (moins
d’infections, elle se fait de nuit, etc.), est "insuffisamment
développée". Notamment dans le sud de la Lozère, le Capcir, en Cerdagne
et dans la Haute Vallée de l’Aude.
"Alors que les néphrologues se concentrent en ville, note Émmanuel
Vigneron, il y a un problème d’accès à ces soins pour ces zones rurales.
D’autre part, il y a une offre abondante sur le littoral mais pas
suffisante au regard de la croissance de la population. Ce secteur
pourrait bénéficier du développement de la télé-médecine. Les patients se
connaissent bien." Nous avons soulevé à maintes reprises l'importance du HAUT DEBIT
Handicapés
Hormis Bagnols-sur-Cèze ou Agde, la
région est sous-dotée en matière d’équipes pluridisciplinaires
accompagnant les adultes handicapés (15 % de moins que la moyenne
nationale). Rien en Lozère, dans l’Aude et le Lodévois...
Même la toute puissante Montpellier est "moyennement
dotée". Les PO, le Gard et l’ouest de l’Hérault ont un taux d’équipement
"très faible". Pour les jeunes handicapés, l’offre est déficiente en
Lozère et dans l’Aude mais plutôt bonne à Montpellier, Perpignan,
Carcassonne. Du coup, le reste de la région demanderait un effort de
redéploiement d’une offre qui reste très urbaine.
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"Un aiguillon, pas un coup de pied aux fesses"
"Ce n’est pas un coup de pied aux fesses aux autorités de santé. Nous
sommes plutôt un aiguillon. Le but, c’est de réduire les inégalités
d’accès à la santé alors même que le développement de ces services est
encouragé par l’État", explique Émmanuel Vigneron.
Professeur à Montpellier, il rappelle le lancement il y
a quelques jours de l’année de l’autisme, par exemple. Sandrine Haas
situe le contexte : "Historiquement, chaque type de service a été créé
par une fondation, une œuvre, un institut confessionnel, en dehors de
toute programmation institutionnelle. Du coup, l’offre est morcelée,
inégale et cloisonnée : les différents services se connaissent mal : ce
guide est aussi là pour eux. Il y a sans doute des coopérations et des
mutualisations à organiser. " Le développement des services à domicile
est une "révolution silencieuse et aujourd’hui, il est nécessaire de les
ajuster".
Ces réseaux, réclamés par des associations de patients, ne mettent pas
en œuvre une technologie d’avant-garde, par exemple, et ne sont donc pas
médiatisés. Ces guides sont aussi faits pour permettre aux porteurs de
projets d’investir dans les zones où le besoin se fait le plus sentir.
Commandé par la Fehap (Fédération des établissements
hospitaliers et d’aide à la personne privés non lucratifs), très
présente dans la région et leader de l’hospitalisation à domicile en
France (70 % de l’offre), ce panorama inédit vise aussi à nourrir la
réflexion dans un contexte budgétaire extrêmement difficile.